
Épisode 6 – Plongée en apnée avec les haenyeos
Après les séances d’équitation, la fabrication de savon et les cours de cuisine, les participants de la Summer School ont découvert une activité uniquement possible à Jeju : partir à la rencontre des haenyeos, les célèbres femmes plongeuses de l’île, et expérimenter la plongée en apnée à leurs côtés.
Le jeudi 16 juillet, les participants ont pris la direction de la côte sud de Jeju, et plus précisément du centre de découverte des haenyeos du village côtier de Beophwan (법환어촌계해녀체험센터). Malgré une météo brumeuse en bord de mer, cette rencontre a constitué pour beaucoup l’un des souvenirs les plus marquants de la Summer School.
Mais avant de se mettre à l’eau, il était important de comprendre qui sont ces femmes et pourquoi elles occupent une place si particulière dans la culture de Jeju.
Les haenyeos, les femmes de la mer
Le terme haenyeo (해녀) désigne littéralement les « femmes de la mer ». Depuis des générations, ces plongeuses pratiquent la pêche en apnée dans les eaux qui entourent l’île de Jeju. Sans bouteille d’oxygène, elles plongent pour récolter différents produits de la mer, notamment des ormeaux, des oursins, des concombres de mer et des algues.
Cette activité repose sur une connaissance extrêmement fine de l’environnement marin. Les haenyeos connaissent les courants, les fonds marins, les différentes espèces et les zones de pêche. Elles savent également adapter leur activité aux conditions météorologiques et aux périodes de reproduction des espèces, afin de préserver les ressources marines.
Les plongeuses expérimentées peuvent descendre jusqu’à une dizaine de mètres de profondeur et rester sous l’eau près d’une minute en apnée. Au fil de la journée, les plongées se succèdent pendant plusieurs heures.
Une tradition profondément liée à Jeju
La culture des haenyeos est intimement liée à l’histoire des villages côtiers de l’île. Pendant des générations, leur activité a constitué une source importante de revenus pour les familles de Jeju. Les femmes participaient ainsi directement à l’économie familiale grâce aux ressources récoltées en mer, avant de poursuivre parfois leur travail dans les champs.
Cette organisation a contribué à donner aux femmes une place importante au sein des communautés côtières de Jeju. La culture des haenyeos est ainsi souvent présentée comme un exemple de société dans laquelle le travail féminin a joué un rôle économique et social majeur.
La pratique repose également sur une forte dimension collective. Les haenyeos sont organisées au sein de communautés et de coopératives locales qui participent notamment à la gestion des zones de pêche.
La transmission des savoirs occupe également une place centrale. Les plongeuses sont traditionnellement classées selon leur expérience : les haggun, les junggun et les sanggun, ces dernières étant les plus expérimentées et jouant notamment un rôle dans l’apprentissage des plus jeunes.
Un patrimoine culturel immatériel reconnu par l’UNESCO
Cette culture constitue aujourd’hui l’un des symboles les plus forts de Jeju. En 2016, la « culture des haenyeo de l’île de Jeju » a été inscrite par l’UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Cette reconnaissance concerne bien plus que la technique de plongée. Elle englobe les connaissances liées à la mer, les traditions, les rituels, l’organisation collective des communautés et la transmission des savoir-faire.
Pourtant, ce patrimoine est aujourd’hui confronté à un important défi : celui du renouvellement des générations.
D’après les chiffres de l’UNESCO, en 2013, l’île comptait encore plus de 4 500 haenyeos. À la fin de l’année 2024, elles n’étaient plus qu’environ 2 600. Plus de 60 % d’entre elles avaient alors 70 ans ou plus.
La diminution du nombre de plongeuses, leur vieillissement et les difficultés à attirer de nouvelles générations rendent donc la préservation de cette tradition particulièrement importante. Des écoles de haenyeos ont notamment été créées afin de transmettre les techniques et les connaissances nécessaires à la pratique.
C’est dans ce contexte que l’expérience proposée aux participants prenait une dimension particulière : il ne s’agissait pas simplement de découvrir une activité traditionnelle, mais de se rapprocher, pendant quelques heures, d’un patrimoine culturel vivant et aujourd’hui fragile.
À l’eau !
Avant de découvrir les fonds marins, une première étape était indispensable : enfiler l’équipement.
Combinaison de plongée intégrale, chaussettes, palmes, gants, cagoule et lunettes de plongée composaient la tenue des participants. Les gants avaient notamment leur importance puisqu’ils permettent de manipuler les coquillages et autres mollusques présents sous l’eau.
Il ne fallait évidemment pas oublier le panier en corde accompagné de sa bouée, destiné à accueillir les trouvailles de la mer.
Une fois équipés, les participants ont rejoint la mer pour leurs premières nages. La découverte s’est déroulée près du rivage, dans une petite baie relativement protégée des vagues.
La météo brumeuse donnait au paysage une atmosphère particulière, alors que chacun s’habituait à son rythme aux sensations de la nage en combinaison et avec des palmes.
Plongée aux côtés des haenyeos
L’objectif n’était évidemment pas de reproduire le travail quotidien des haenyeos, mais de découvrir, à une échelle adaptée, leur environnement marin et quelques-unes des sensations liées à leur activité.
Sous l’eau, les participants ont pu observer les fonds marins, repérer les coquillages et nager au milieu des centaines de petits poissons, puis tenter quelques plongées en apnée.
La différence d’expérience avec les haenyeos était particulièrement visible. Tandis que les participants apprenaient encore à se déplacer avec leurs palmes et à maîtriser leur respiration, les plongeuses évoluaient dans l’eau avec une aisance impressionnante.
Et cette scène inhabituelle n’a pas manqué d’attirer les regards.
Il est aujourd’hui devenu relativement rare de voir les haenyeos en pleine activité. Plusieurs passants se sont donc arrêtés sur le bord de mer pour observer les plongeuses et les participants de la Summer School, tous équipés de combinaisons, de palmes et de bouées.
Une rencontre avec l’identité de Jeju
Cette expérience a permis aux participants de découvrir une facette particulièrement emblématique de l’île.
Derrière les combinaisons et les palmes, derrière l’image spectaculaire de ces femmes qui plongent sans bouteille d’oxygène, se trouve une histoire profondément liée à la société de Jeju. Il s’agit de femmes qui ont contribué à faire vivre leurs familles grâce aux ressources de la mer, d’une organisation communautaire et d’un savoir-faire transmis de génération en génération.
Alors que les haenyeos sont de moins en moins nombreuses, partager quelques heures à leurs côtés prend une dimension toute particulière.
Les participants étaient venus découvrir une activité typique de Jeju. Ils ont finalement rencontré une tradition qui raconte une grande partie de l’histoire, de la culture et de l’identité de l’île.
